Le Civisme…une histoire de Lumières !


De tout temps et en tout lieu, l’éducation civique a posé le problème des rapports de l’homme à son environnement immédiat et à la société de manière générale.



Par Ali Bouallou

Les sociétés occidentales ont vécu plusieurs transformations. Après la période médiévale et obscurantiste où régnaient le chaos social et la barbarie comportementale, l’Occident a connu le mouvement des Lumières qui a remis en question les structures politiques et les valeurs traditionnelles et qui, en définitive, a révolutionné la culture, la philosophie, la littérature et la société occidentale tout entière. 

Après ce mouvement d’émancipation spirituelle, la révolution industrielle de l’Occident s’est imposée de manière presque naturelle comme seul et unique moyen d’exister. Elle a ainsi permis à l’Occident de passer d’une société à domination agricole et artisanale à une société continument industrialisée capable d’affronter les pires crises financières et économiques, et de s’en relever.    

Ainsi, l’Occident a su développer dès le 19ème siècle, et de manière démocratique, des sociétés civiques respectant les codes et les lois qui régissent la vie en communauté. 

Certains régimes autoritaires sont arrivés au même résultat au début et au milieu du 20ème siècle grâce au contrôle absolu de l’éducation et à la maitrise des médias. C’est un civisme mécanique, fanatique dont les résultats ne peuvent être que discutables.  L’éducation et les médias existent pour apprendre au citoyen la liberté de penser et d’agir et non pour l’aliéner et modeler son esprit.

Le Maroc a fait le choix du modèle de la démocratie universelle tout en préservant ses spécificités millénaires. Les lois marocaines existent afin que chaque marocain jouisse de ses droits et tienne ses obligations.    

Chaque enfant ou jeune marocain est libre de choisir le modèle d’apprentissage et de formation qui lui sied ainsi qu’à ses tuteurs. 

Aussi, chaque citoyen marocain est libre de regarder, de lire et d’écouter le média de son choix. 

Aucune aliénation spirituelle n’est donc exercée au Maroc et le citoyen marocain est heureux de jouir de cette liberté qu’il ne sacrifierait pour rien au monde.

Force est de constater que cette jeune démocratie marocaine n’a pas permis de faire émerger une société civique respectueuse des lois et obligations. 

A l’opposé de ce qu’à connu l’Occident, le Maroc est en phase de devenir un pays émergent alors que sa population, en masse, respecte peu ou prou ses devoirs et responsabilités dans l’espace public. 

Le problème de l’éducation civique se pose alors avec acuité aujourd’hui plus que jamais et la solution dépend fortement des orientations du Nouveau Modèle de Développement en la matière.    

Il est temps de régler définitivement la crise du civisme que connait le Maroc. Aucune société ne peut exister sans un minimum d’homogénéité et d’adhésion à des valeurs communes. 

Si l’attachement à la patrie est incontesté, ce qui représente le b.a.-ba de l’action civique, plusieurs manifestations inciviques sont constatées partout au Maroc et à longueur de journée. Elles sont intensifiées par le dogme de la liberté dont jouit le citoyen marocain. 

Ne pas respecter le code de la route, jeter ses détritus de la vitre de sa voiture, collecter les ordures ménagères à l’aide d’un camion poubelle crachant sur son parcours percolât et autres déchets organiques, cracher par terre, roter en public, harceler une femme dans la rue, ne pas respecter les files d’attente, bloquer un tramway ou une avenue pour faire la prière, vandaliser un terrain de sport et casser tout ce qui se trouve en dehors, salir sa plage préférée…sont les quelques expressions inciviques individuelles et collectives aperçues ici et là et qui sont bien ancrées dans notre société. 

D’autres incivilités, encore plus immorales, ternissent l’image du Maroc émergent. Elles sont liées aux services publics fournis aux citoyens et professionnels.   

Que faire dans ces conditions sinon l’éveil ou la raison. Elle doit éclairer individuellement les citoyens afin de dégager des valeurs communes consensuelles et instaurer une conscience collective. 

Comme l’Occident, le Maroc a besoin de Lumières, intelligentes et instruites, afin de repenser la société marocaine, déconstruire pour reconstruire, afin de répandre les valeurs civiques sur le plus grand nombre de citoyens. Sans cela, toute vision ou stratégie, aussi innovatrice soit-elle, aussi anticipative soit-elle, ne pourra arriver pleinement à ses fins.

Le monde est devenu agile pour ne pas dire imprévisible. Il sera de plus en plus technologique. Il n’y a donc plus le choix pour le Maroc que de diffuser de manière généralisée l’éducation civique. 


Rédigé par Ali Bouallou


Samedi 21 Mai 2022

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